Starobinski, Jean

Description
Identification
Type d’entité:Personne
Forme(s) autorisée(s) du nom:Starobinski, Jean
Description
Dates d’existence:1920-2019
Histoire:Professeur à l'Université de Genève, membre de l'Institut de France, historien des idées, de la littérature, spécialiste de Rousseau, Montaigne et Diderot amateur de peinture et de musique : Jean Starobinski était l'un des derniers grands humanistes de ce siècle. Il est décédé le 4 mars 2019.


Jean Starobinski est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages majeurs, dont plusieurs autour de la mélancolie. L'homme invitait à "regarder", "lire" et "voir", à l'image de "La Beauté du monde", une anthologie de 1300 pages qui rassemble poésie, musique, littérature et peinture.

Une école libre inspirée de Rousseau
Né le 17 novembre 1920 à Genève, Jean Starobinski est issu d’une famille de Juifs polonais ayant fui les lois antisémites. Élevé dans une maison où l’on parle le russe, l’allemand et le français, il fait très tôt la connaissance de Jean-Jacques Rousseau puisqu'il est scolarisé à la Maison des petits, une institution fondée par le psychologue genevois Édouard Claparède, lui-même influencé par l’Éducation nouvelle défendue par Rousseau.

Le jeune garçon profite ainsi d’une éducation qui se fait dans la plus grande liberté, entre dessin, activités manuelles, improvisation et leçons de jardinage.
Jean Starobinski, qui se dit pur produit de Genève, exprime son attachement à la ville du bout du lac et à Rousseau qu'il n'a jamais cessé d'étudier.

Double carrière
Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale le pousse à compléter ses études de lettres par la médecine et plus précisément la psychiatrie, qui lui apparaît comme un excellent moyen de connaître la condition humaine.

Dispensé de ses obligations militaires compte tenu de son statut d’étranger (il ne sera naturalisé qu’en 1948), il mène dès lors de front une double carrière. Il mène de front des études de lettres classiques et de médecine et exerce plusieurs années comme interne, puis comme psychiatre
De la psychanalyse, dont il n'a jamais été le stérile prisonnier, il disait : "La psychanalyse a pour moi ce très grand intérêt d’être un système interprétatif. (...) Il s’agit de recueillir les indices, de faire attention à ce qui est révélateur dans le symptôme, et d’aller aussi loin qu’on peut aller en remontant du symptôme à quelque chose qui lui est antécédent".

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Littérature et médecine
La réconciliation des lettres et de la science
Toute sa vie, Jean Starobinski s’est consacré à ses travaux littéraires et scientifiques sans jamais abandonner l’un ou l’autre. C’est ainsi qu’il publie dès 1958 une thèse de littérature sur Jean-Jacques Rousseau, puis une thèse de médecine, "Histoire du traitement de la mélancolie, des origines à 1900", en 1960.
Comme le dit la quatrième de couverture, l'historien de l'art, dans sa rationalité chaleureuse, rappelle qu'il y a plusieurs corps : celui des malades, celui des médecins, des philosophes, des écrivains, des peintres. Il nous invite à considérer autant les succès de la médecine que ses illusions toujours renaissantes.

L'art dans l'histoire
Expo au Louvre
En 1994, le musée du Louvre demande à Jean Starobinski de faire jouer ensemble oeuvres d'art et de littérature. Pour "Largesse", titre de son livre et de l'exposition, il choisit pour thème le don et ses ambiguïtés. Une page de Rousseau fixe la scène, Baudelaire, dans un poème en prose, lui donne une réplique amère ; Huysmans fait écho à son tour.
Dans l'esprit de ce qu'on appelait l'honnête homme, Starobinski, passionné du siècle des Lumières, a aussi pensé l'artiste dans le monde ainsi que le rôle de l'art et de la culture dans les périodes les plus sombres. Il s'en explique dans cet entretien qui date de 1967.

Une trentaine d'ouvrages...
...et un legs de 40'000 livres
Son esprit aiguisé et son regard curieux auront accompagné la marche du monde sur près d'un siècle. Jean Starobinski, qui a étudié les lettres et la médecine, aura échappé à toutes les modes par son absence de dogmatisme et son inlassable quête de sens. Sur les controverses "auto-entretenues" dans les années 1970 et 1980, il portait un regard ironique : "Tant de disputes récentes sur la méthode m’ont paru ressembler à des querelles sur l’art de dresser le couvert, les assiettes demeurant désespérément vides".

Bien avant que l'on parle d'interdisciplinarité, le Genevois a établi des correspondances entre les disciplines, les siècles et les artistes dans un souci de clarté, de raison et de sensualité. Pour lui, il était important de relier l'art à l'histoire des idées.

Aux côtés d’Albert Béguin, de Marcel Raymond, de Georges Poulet et de Jean Rousset, il est l’un des moteurs de l'essor de ce qu’on appelle l’École de Genève. Ce savant chaleureux et cordial, ce passeur au savoir encyclopédique, s’est éteint le 4 mars 2019 dans sa 99e année.
Considéré comme "le plus grand critique littéraire de langue française du XXe siècle" par son homologue Martin Rueff, il lègue à la postérité une trentaine de livres et plus de 800 articles ainsi qu’un fonds d’archives constitué de plus de 40'000 ouvrages déposés en 2010 aux Archives littéraires de la Bibliothèque nationale suisse.
Fonctions et activités:Université de Genève :
- Assistant, 1946-1949
- Professeur ad personam d'histoire des idées, 1958-1962
- Professeur extraordinaire d'histoire de la littérature française, 1962-1967
- Chargé d'un enseignement d'histoire de la médecine, 1963
- Professeur ordinaire au département de langue et littérature françaises1967-1985
- Professeur honoraire, 1985-2019

Distinctions :
- Docteur honoris causa des Université de Lille (1973), de Bruxelles (1979), de Lausanne (1979), de Chicago (1980), Columbia University, New York (1987), de Strasbourg (1988), de Montréal (1988), de Neuchâtel (1989), Università degli studi di Urbino (1995), de Cluj, Roumanie (1996), EPFL (1998), EPFZ (1999),
- Chevalier de la Légion d'honneur
- Prix européen de l'essai (1982)
- Prix Balzan (1984)
- Prix littéraire de la Fondation Prince Pierre de Monaco (1988)
- Prix Margrit Egnér (littérature) (1994)
- Grand prix national de littérature (1998)
- Prix Karl Jasper, Heidelberg (1999)
- Grand prix de la Francophonie de l'Académie française (1999)
- Prix 2010 de la Fondation pour Genève
- Médaille de l'Université de Genève, 2018

Contrôle
Code d’identification de la notice d’autorité:CH UNIGE/ISAAR/332
Code(s) d’identification du ou des services:CH-000196-4 Archives administratives et patrimoniales de l'UNIGE (aap)
Règles ou conventions:ISAAR (CPF) - Norme internationale sur les notices d'autorité utilisées pour les archives relatives aux collectivités, aux personnes ou aux familles, deuxième édition, 2004
Niveau d’élaboration:Publié
Niveau de détail:Moyen
Dates de création, de révision ou de destruction:15.01.2015; révisée janvier 2021
Langue(s) et écriture(s):Français
Sources:Eléments biographique repris de Jean Starobinski aurait eu 100 ans - rts.ch - Culture https://www.rts.ch/info/culture/11754700-jean-starobinski-aurait-eu-100-ans.html (consulté 15.01.2021);

Centenaire Starobinski : exposition virtuelle https://www.nb.admin.ch/snl/fr/home/portrait/als/expo-als/toutes-les-expositions/centenaire-staro.html

https://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/016174/2012-05-08/ (consulté 15.01.2021)

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